Le fétiche selon Jacques Chirac

 

 

L'esclavage a toujours existé en Afrique au profit des Arabes et avec la complicité de chefs locaux. Puis est venue la traite, qui a duré quatre siècles. Cela a été un phénomène massif, perpétré également avec la complicité de chefs tribaux. On a pris les meilleurs, on a pillé le sang des Africains... Et après on a dit que les Africains n'étaient bons à rien.
Ensuite est survenue la deuxième calamité: les curés et les imams qui se sont rués sur les bois sacrés et ont détruit l'expression culturelle.
Puis la troisième calamité internationale a fondu sur l'Afrique: les antiquaires qui ont pillé les oeuvres culturelles. .. Après quoi, on a dit que les Africains n'avaient pas de culture.
Maintenant, c'est la dernière étape: on leur pique leurs intelligences en leur distribuant des bourses, et on persiste à dire de ceux qui restent: ces nègres ne sont décidément bons à rien...

 

En fait, tout a commencé par les fétiches. Le fétiche a une force particulière dans l'art africain, en particulier parce qu'il est l'hôte du bois sacré, et c'est donc par sa tradition et sa permanence dans le bois sacré que s'inscrit toute la culture africaine. Je considère comme une vraie souffrance la destruction des bois sacrés. Une atteinte gravissime à la dignité humaine, ça fait partie des drames de l'Afrique, de l'absurdité de la démarche impériale de l'Occident depuis les destructions commises par les conquistadors. .. la destruction des bois sacrés à réduit l'Afrique à sa plus simple expression sur le plan culturel.

Jacques Chirac

 

Extraits de " L’inconnu de l'Elysée" de Pierre Péan, chez Fayard.