Le Bwiti, philosophie de la libération
Auteur Confidentiel
La théologie Bwitiste
Elle explique que la décomposition du cadavre est provoquée par un ver (Tseghé). C’est d’abord la mouche qui pond le ver durant l’agonie. Et, ce dernier à son tour suce la moelle épinière ce qui a pour conséquence la disparition du sang et de la force vitale. La mouche le pond pour que le cadavre puisse se décomposer plus rapidement, mais pas pour que l’homme meurt.
C’est l’Ange Gabriel, qui s’approche de l’homme avec de l’huile, pour en déposer une goutte au milieu de la poitrine, le destinant à mourir. Dès ce moment, l’esprit va commencer à quitter le corps d’abord par les doigts des pieds, les jambes, les genoux et monte progressivement vers la poitrine, ainsi l’homme finit par mourir. Une fois, vidé du sang et de la vie en même temps, l’âme sort du corps sous forme de tourbillon. L’image d’une telle « libération » de l’âme et sa recherche d’une nouvelle forme d’existence est représentée par la danse « Muenguè ». On croit ainsi fortement que l’âme reprend de nouveau une forme humaine.
On s’imagine d’habitude que l’âme du mort dans son voyage vers l’au-delà, doit s’arrêter dans un village pour se purifier et devenir blanche. La purification se fait le plus souvent par le feu. Seul celui qui a l’âme pure, peut arriver au ciel; les autres marqués par des péchés, rencontrent de nombreux obstacles sur leur chemin vers Dieu selon la gravité de leurs péchés […].
Chaque fois que quelqu’un meurt, un autre naît dans le ciel. Un homme juste retourne toujours dans la vie de Dieu. L’homme mauvais, selon les Bwitistes retourne sur la terre en se réincarnant dans une personne vampireuse. Ainsi, l’homme vit plusieurs fois. L’enfer est ici, sur la terre. Après avoir esquissé le chemin vers l’au-delà et vers le village de Dieu, la communauté commence à s’occuper du cadavre pour le transporter au cimetière. D’après la coutume, seulement deux personnes doivent porter le corps. Par contre, lorsqu’il faut engager quatre personnes, cela veut dire que le corps était mauvais. Un Bwitiste mort doit être enterré la tête orientée vers le soleil levant pour que la lumière puisse le guider dans l’au-delà, le cortège funèbre est guidé par la lumière d’une torche indigène ou bougie symbole du soleil.Pour s’assurer si le mort était « Pur » ou son contraire, s’il était « Mangeur d’âme » ou pas, on pratique son autopsie; puis on procédera à son enterrement. On passe la corde sous le bassin et sous les bras du cadavre et on commence à descendre le corps. On le « descend » quatre fois pour ainsi initier l’inflammation d’un arbre. On « Plante » alors au fond de la tombe, la nouvelle plante « afin qu’elle prenne racine dans la terre ». Pour que l’homme soit en contact directement avec la terre, la coutume bouitiste exige qu’on utilise point de cercueil. Le cadavre doit être mis dans la terre, comme l’enfant était dans le sein de sa mère. La terre tombe donc directement sur le corps. C’est ainsi qu’ont été enterrés tous les grands guides spirituels bwitistes. Tout le monde jette de la terre sur le cadavre. Ensuite, on piétine ensemble la terre fraîchement accumulée sur la tombe. Le Bwiti, dans sa tolérance religieuse n’interdit à personne d’appeler un prête catholique soit pendant l’agonie, soit pour l’enterrement. D’habitude, après les cérémonies dans l’église, le bwiti organise ses trois veillées traditionnelles (Ngozé).
Le rite mortuaire de l'initié
Le Bwiti n’est pas une religion dualiste, déterminée par l’opposition du bien et du mal, de la vie et de la mort. Le bwiti se base surtout sur les idées de continuité, d’évolution et de constant devenir. Il cherche à annuler les oppositions par la fusion des contraires et il est à la recherche de l’expression du dépassement de soi et de la nature. La mort apparaît comme le passage et le seuil qu’il faut traverser pour renaître en Dieu ou pour retourner chez lui. La mort est donc en même temps naissance à une autre vie.
Dans le Bwiti, on meurt plusieurs fois. La première fois, on meurt symboliquement au moyen de la drogue sacrée (IBOGA). Si l’on veut accéder à la conscience de soi et se mettre vers une nouvelle vie intérieure. Mais ensuite, il faut mourir une deuxième fois d’une mort biologique pour fixer définitivement son statut d’homme parfait (Moughonzi), de « saint ».
Le rite mortuaire veut démontrer tout le souci que la religion ou le milieu Bwiti à d’assurer à l’initié ce passage terminal vers la vie en Dieu. Il présente à ses fidèles un message métaphysique profond, enfermé dans la parole chantée et dans le geste liturgique interprété par la voix musicale de la Harpe sacrée, symbole de la femme qui donne la vie, mais aussi d’une autre qui meurt dans le salut de l’humanité noire.
La lithurgie mortuaire
Dans le bwiti, on insiste énormément sur le sentiment d’appartenance mutuelle, sur les relations entre initiés et la communauté. Ce caractère social du bwiti, s’exprime de façon explicite entre autres occasions aussi, lors de la mort d’un initié. Ainsi, la communauté profite de différents moments pour témoigner l’engagement de l’initié dans les affaires communes. Elle souligne surtout le fait qu’il a essayé au maximum de réaliser le devoir que le bwiti lui a confié. C’est dans ce moment final que le bwiti va faire tout son possible pour clôturer la dernière étape de son fidèle.