Jean-Claude Cheyssial - Mémoires d'hommes Extraits de films documentaires
J’ai commencé au début des années quatre-vingt-dix à m’intéresser à la tradition orale et à la médecine traditionnelle africaine sans penser un seul instant qu’elles allaient occuper toutes ces années de ma vie…
Au départ, un premier film «La Nuit du Bwiti » grâce auquel je côtoyais, en Afrique centrale, une société initiatique gabonaise, encore secrète à cette époque : le Bwiti.
Installé dans la culture gabonaise depuis plus d’un siècle, le Bwiti était le fer de lance de l’homme noir et sa réponse à l’homme blanc colonialiste grâce à une racine sacrée considérée par tous les Gabonais comme Arbre de Vie : l’Iboga…
Cinq années furent nécessaires pour pénétrer les différents courants bwitistes, qu’ils soient animistes dans le Sud chez les Mitsoghos ou syncrétiques dans le Nord avec les Fangs très proches de la religion chrétienne…
Et puis un jour, les Fangs acceptèrent que leur tradition orale soit mémorisée et filmée…
La diffusion du film, en 1997, à la télévision gabonaise de Libreville, permit à une partie de la population de comprendre que l’on pouvait avoir une attirance pour la civilisation occidentale tout en gardant ses racines et sa culture…
…Car chaque identité vaut la peine d’être défendue.
La suite s’inscrivit dans une continuité logique : La trilogie continua avec Le Souffle de la Forêt sur les ngangas (c’est-à- dire les guérisseurs) et Secrets de Femmes sur les femmes gardiennes de la tradition orale à travers la médecine traditionnelle africaine.
Le souffle de la forêt
Dans toutes les sociétés traditionnelles africaines, il existe une relation fondamentale entre la Médecine et le Sacré.
Le Souffle de la forêt, c’est une approche des ngangas, les tradipraticiens gabonais qui soignent les maladies issues d’une transgression du système social et rituel de la tribu (Fétichisme, vampirisme).
La médecine moderne, la psychiatrie, la psychanalyse, ne peuvent pas toujours répondre aux besoins du malade car elles ne prennent pas en compte la relation que l’homme noir entretient avec le Sacré.
Les ngangas, intermédiaires entre le visible et l’invisible, sont donc les chaînons manquants reliant la Science et la Spiritualité dans le patrimoine ancestral gabonais.
Le Souffle de la Forêt, c’est aussi « Bokayé », le dernier souffle que l’homme pousse quand il quitte le plan terrestre pour rejoindre ses ancêtres.
Le Souffle de la Forêt, c’est la rencontre avec les derniers ngangas qui en reliant le Ciel et la Terre, aident les hommes à retrouver les origines du Monde et celle de la Connaissance Sacrée.
Mais les Peuples que l’on nomme aujourd’hui « Premiers » ne sont pas tous en situation confortable : Le Peuple de la Forêt, surnommé à tort «Pygmées», par nos chercheurs ethnologues un brin paternalistes, étaient au départ les maîtres incontestés de la médecine traditionnelle.
Le Peuple de la Forêt au Gabon est aujourd’hui en voix d’extinction par asphyxie lente, broyé par le rouleau compresseur de l’Occident qui annihile souvent les racines culturelles des peuples autochtones.
Secrets de femmes
Dans ce pays mystique ou la spiritualité se développe dés la naissance comme un don du ciel, la tradition orale se perpétue grâce aux sociétés initiatiques féminines, gardiennes absolues du patrimoine ancestral gabonais.
Partout dans le pays, des femmes initiées transmettent, prédisent, soignent depuis des générations et les secrets de la Connaissance qu’elles détiennent sont une des dernières mémoires orales de l’humanité.
Pratiquant des initiations mixtes mais également exclusivement féminines comme le Njembé, ces femmes sont les gardiennes de cet héritage sacré légué par les ancêtres et basé essentiellement sur la connaissance des plantes.
La modification de la vie sociale au contact des grandes villes européanisées rend de plus en plus difficile cette transmission orale à la jeune femme d'aujourd’hui.
C'est donc sous la forme de plusieurs portraits que nous vous proposons de rencontrer ces personnages féminins, mémoires d'une tradition qui refuse de disparaître.
De l'estuaire jusqu'au Sud profond, ces femmes répondent à nos questions les plus personnelles car elles détiennent pour un court instant encore un des derniers trésors de la richesse humaine : la Connaissance de soi par l’Initiation.
En 2004, «La Guérisseuse de la Forêt », portrait de Bernadette Rébienot, guérisseuse Mponway du Gabon, boucla cette aventure au sein de la tradition mystique et des plantes sacrées.
La guérisseuse de la forêt
La "Guérisseuse de la Forêt", c’est l’histoire de Bernadette Rébiénot, ancienne institutrice, dépositaire d’un don de voyance légué par son ancêtre et qui soigne depuis plus de quarante ans les maladies les plus obscures du Patrimine Ancestral Africain.
Pour cela elle utilise la pharmacopée naturelle, spirituelle et mystique de la forêt équatoriale du Gabon.
Un jour, Fabio, un jeune italien, qui a quelques difficultés à trouver son équilibre dans la vie qu’il mène en Europe, va la rejoindre dans son dispensaire d’Oyenanno, situé au coeur de l’Equateur africain.
Anniversaire de Bernadette
Avec elle, il va apprendre à parcourir les parois encore inexplorées de l’invisible en Etat de Conscience Modifiée.
Pour Bernadette, chaque problème a sa solution. Il suffit d’écouter le coeur de la forêt qui bat au même rythme que celui des hommes en utilisant la connaissance des plantes sacrées.
Un jour, donc, Fabio découvre le Gabon, Bernadette et...l’Iboga ....
Il va rencontrer dans la face cachée du miroir l’ombre de son jumeau que l’on appelle ici " le Moumbayano ".
Bernadette, lui aura démontré au cours de son voyage mystique qu’il n’y a qu’une seule tradition sur la Terre... une tradition ésotérique qui n’a fait qu’évoluer en fonction des cultures qui l’ont hébergée.
Intiation jacques