Par Antoine Lawson
LIBREVILLE, 7 sept. 2000 (IPS) - L'intérêt croissant suscité dans les milieux scientifiques américains et japonais par l'Iboga, une plante hallucinogè ne qui pousse au Gabon, a contraint le Gouvernement à l'inscrire sur la liste du patrimoine national.
L'Iboga s'est révélée efficace dans la désintoxication des toxicomanes et la lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme. Sur instructions du Président de la République, Omar Bongo, la plante a été déclarée ''patrimoine national et produit stratégique''.
Le président Bongo a demandé en conséquence aux ministères techniques concernés ''de tout mettre en œuvre pour protéger ce produit au plan international, et mettre fin à son exportation illicite''.
L'Iboga est un petit arbuste à latex abondant et à odeur vireuse. La plante peut atteindre 1,50 m de hauteur. Son absorption abusive peut plonger le sujet dans un état d'excitation violente. Les porcs-épics et les gorilles recherchent également cette racine dans la brousse.
La plante aphrodisiaque est liée à l'art sacré gabonais, connu également sous l'expression 'art bwiti'. L'Iboga représente le symbole de la spécificité de la créativité populaire chez les tribus du Gabon. Certains peuples du Gabon l'appellent 'bois sacré', car l'Iboga est la plante par excellence de nombreux rites, en particulier du rite bwiti.
''L'absorption de l'Iboga permet le 'voyage' au pays des ancêtres. La plante est employée uniquement par les guérisseurs dans un but diagnostic ou dans un but thérapeutique. Les adeptes du bwiti en consomment avant chaque séance, ce qui leur donne une certaine souplesse, de l'agilité et de l'endurance'', explique le Docteur Alphonse Louma, président d'une association de lutte contre la toxicomanie au Gabon. Aujourd'hui, la communauté internationale découvre peu à peu les multiples usages de cette plante.
''L'intérêt que l'on porte à l'Iboga est dû à ses propriétés pharmacologiques, en particulier à deux alcaloïdes extraits de sa racine : l'ibogaïne et la tabernanthine, qui agissent sur le système nerveux'', explique le Pr. Noël Gassita, biologiste.
Gassita est connu pour ses travaux d'extraction sur les plantes, et il recherche actuellement des financements pour construire un laboratoire, afin d'extraire les principes actifs de l'Iboga en vue de leur commercialisation.
A faible dose, explique-t-il, ''l'Iboga exerce une activité psychostimulante qui se traduit par une légère ébriété. Avalée à forte dose, l'Iboga produit une excitation cérébrale plus grande, suivie d'hallucinations, de tremblements convulsifs, et une incoordination des mouvements musculaires. A très forte dose, la mort survient par arrêt respiratoire''.
Alphonse Louma déclare : ''De l'Asie centrale au monde entier, les drogues se sont répandues au point que certaines plantes se sont acclimatées, développant de nouvelles variétés''.
''L'utilisation de l'Iboga devrait se faire en association avec les pays consommateurs pour combattre la toxicomanie. Bien que l'Etat se soit toujours chargé de gérer ce qui a trait à nos vices, tels que l'alcool, le tabac, le jeu, faire évoluer la législation en matière de drogues dans les pays du monde est une initiative délicate'', poursuit-il.
Au Gabon, l'Iboga s'est révélé efficace dans le traitement de la grippe et le sevrage des toxicomanes (cocaïne, héroïne). Elle pourrait, à terme, remplacer la méthadone, actuellement utilisée pour soulager les toxicomanes.
Des scientifiques et des touristes ont réussi à exporter le fruit et la racine de l'Iboga pour en extraire l'un de ses principes actifs, l'ibogaïne. L'Iboga a fait l'objet en 1999, aux Etats Unis, d'un colloque scientifique auquel ont participé des scientifiques gabonais et ceux d'autres pays, explique le Docteur Serge Aimé Issembé.
Il rappelle que ''parmi les plantes les plus prisées par les peuples de la forêt, figure l'Iboga, que les scientifiques dénomment Tabernanthe Iboga Baillon''.
''Au Gabon, les usages de l'Iboga sont d'ordre rituel, thérapeutique et médicinal. Parmi ses propriétés remarquables, l'Iboga est considér ée comme une plante adaptogène. C'est le ginseng de l'Afrique'', ajoute-t-il.
Il existe peu ou pas de centres de désintoxication dans les capitales africaines. Les populations ont souvent recours à la médecine traditionnelle, les médicaments vendus en pharmacie étant trop chers par rapport à leur pouvoir d'achat. L'utilisation de l'Iboga pour soigner les toxicomanes au Gabon, a permis d'enregistrer un taux de diminution de 20 pour cent dans une société où il n'existe aucun programme anti-narcotique.
A la suite d'un séminaire organisé par le Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale (LUTO) à Libreville sur le bwiti, il a été démontr é que la consommation de l'Iboga n'entraîne pas de phénomène de dépendance.
La décoction des racines est utilisée contre les coliques, l'asthénie physique et intellectuelle, et dans certains cas de dépression nerveuse. L'Iboga est couramment utilisée par les chasseurs comme stimulant neuro-musculaire, antitoxique et aphrodisiaque.
L'héroïne et le cannabis étant réputés 'mauvaises herbes' pour la santé, il est difficile en Afrique comme ailleurs, de connaître exactement le nombre de personnes qui les utilisent, parce que les consommateurs interrogés n'ont probablement pas le courage d'avouer. Beaucoup éprouvent en réalité un sentiment de culpabilité.
''Quant aux vertus médicinales de l'Iboga, elles ont été découvertes depuis plusieurs années mais gardées secrètes dans la tradition gabonaise'', indique Gisèle Ngoma, une guérisseuse qui utilise cette plante lors des rites initiatiques.
''L'Iboga est la plante de la connaissance du bien et du mal, qui pousse dans le sous-bois de la forêt, à proximité des maisons'', précise Ngoma. L'Iboga présente deux variétés qui se distinguent par la forme des fruits : l'Iboga mâle à fruits allongés, et l'Iboga femelle à fruits globuleux. La plante pousse également au sud du Cameroun, au Congo, en Guinée Equatoriale et en Centrafrique.
Source: famafrique 07.09.2000