« Je suis sûr que les religions viennent de mecs drogués » Cette idée, entendue et entendue, est presque devenue un lieu commun. C’est pourtant une interrogation qui n’est pas si anodine que cela, si l’on se réfère aux thèmes majeurs traités sur les forums consacrés aux hallucinogènes. C’est ce lieu commun qui est abordé sous l’œil rigoureux de John Allegro, expert en langues anciennes dans le champignon sacré et la croix.

John Allegro entend bien en découdre avec le christianisme, en démontrant l’aspect hallucinogène donc illusoire (nous y reviendrons) de la religion chrétienne. Le travail de John Allegro se fractionne en deux focales majeures, d’une part la recherche d’indices thématiques du champignon hallucinogène et des cultes primaires de la fécondité dans les concepts bibliques, d’autre part les allusions syntaxiques relatives à ces allusions perdues au cours des traductions négligeant cet aspect. C’est la où la recherche se fait pertinente. Allegro analyse avec grande précision les textes les plus fascinants de l’Ancien et Nouveau Testament, en particulier l’évangile de St Jean (dont les célèbres premiers mots seraient d’après l’auteur une allusion évidente à l’amanite muscaria), la Genèse et le Cantique des Cantiques. Quand au Christ, il est pour John Allegro un personnage enseignant des rituels et un dogme relatifs à la secte des esseniens. La cène, l’eucharistie et d’autres symboles forts des évangiles ne sont pas contemporains à Jesus le Christ mais datent d’un siècle ou deux auparavant. La où John Allegro se perd, c’est lorsqu’il se permet des jugements moraux totalement hors-propos, quand pour l’exemple il juge le christianisme comme un dogme illusoire car basé sur l’hallucination. L’origine de la conscience et les cultes psychédéliques sibériens et amérindiens suffisent à contrebalancer cette thèse, affirmant un questionnement sensible à l’aspect religieux de l’homme universel et indétachable aux cultes des plantes sacramentelles. Est-ce décridibiliser une croyance que l’affirmer révélée par des procédés « impurs » ? Plus hors-propos encore, des phrases lapidaires sur les consommateurs de cannabis, justifiant le fait que la secte des Hashishins n’utilisaient bien évidemment pas le cannabis, avec quoi ils n’auraient pas eu la force de combattre... Humour ? Argumentation faiblarde ? Dommage pour un ouvrage si intéressant sur d’autres points.

Cea DesaxE

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