Trop d'enfants américains sous psychotropes ?

 

LES ADOLESCENTS sont-ils nombreux à se suicider aux Etats-Unis ? Pas plus qu'ailleurs. Selon les chiffres du National Institute of Mental Health, le suicide, toutes classes d'âge confondues, était la onzième cause de décès (32 439 personnes) en 2004. Mais pour les enfants (10-14 ans), les adolescents (15-19 ans) et les jeunes adultes (20-24 ans), le suicide est la troisième cause de décès, avec des taux égaux ou supérieurs à la moyenne nationale (10,9 suicides pour 100 000 habitants).

COMPORTEMENTS SUICIDAIRES

Les statistiques montrent aussi que la première cause de suicide des jeunes est la dépression. Or, les antidépresseurs sont largement prescrits aux enfants et adolescents déprimés. Le lien entre le suicide et le médicament est donc posé, sans que l'on puisse mesurer exactement l'impact du traitement chimique.

En octobre 2004, la Food and Drug Administration (FDA), l'agence sanitaire américaine, ordonnait toutefois aux laboratoires pharmaceutiques de freiner l'action commerciale (publicité et visite médicale) pour les antidépresseurs prescrits aux enfants et adolescents. Des études cliniques venaient de montrer que certains médicaments utilisés pour traiter la dépression chez les adultes accroissaient le risque de comportements suicidaires chez certains adolescents. A la suite de cette recommandation, les ventes d'antidépresseurs ont stagné pour les adultes et se sont infléchies pour les enfants et adolescents.

A la mi-2005, une étude norvégienne révélait que les personnes traitées par la paroxétine (un antidépresseur commercialisé en France sous le nom de Deroxat) risquaient de voir leurs pulsions suicidaires encouragées.

Mais début 2006, une autre étude publiée dans The American journal of psychiatry portant sur 65 000 patients montrait que les antidépresseurs pouvaient atténuer les comportements suicidaires, notamment chez les adolescents. Difficile donc de tirer des conclusions définitives. Toutes les boîtes d'antidépresseurs ont néanmoins été marquées de noir, signe que ces médicaments ne doivent pas faire l'objet de publicité.

Les Américains sont moins réticents que les Européens à prescrire aux enfants des antidépresseurs et autres médicaments destinés au système nerveux central. En mars 2006, le Docteur William Cooper, de l'Hôpital Vanderbilt pour enfants, estimait ainsi que des psychotropes étaient prescrits à 2,5 millions d'entre eux chaque année. Soit cinq fois plus qu'au début des années 1990.

Yves Mamou - 2007