Un médecin en colère

 

Malades, on vous ment : on a réussi à vous convaincre que le problème de l'assurance-maladie, c'est l'argent et que plus vous cotiserez, mieux vous serez soignés. Ce n'est pas un problème d'argent, c'est un problème de médecine : regardez les Américains, ils paient deux fois plus, et ce sont des obèses bourrés de vitamines et de médicaments dès leur plus jeune âge.

La médecine actuelle est faite pour les médecins, surtout spécialistes, et pour l'industrie pharmaceutique, pour leur prospérité monétaire et leur confort intellectuel. Vous, les malades, vous êtes tout juste leur matière première et, en plus, vous payez. Victimes consentantes, car on a réussi à vous persuader qu'en suivant le credo de la médecine scientifique, vous allez rester jeunes et beaux, éternellement.

La médecine a fait quelques progrès, c'est vrai : d'abord les antibiotiques. Mais on les a si mal utilisés qu'on est près de les perdre. Ensuite, l'imagerie. Mais c'est un gouffre technique qui ne s'est pas accompagné de véritables progrès de compréhension. On multiplie les examens biologiques et les images, mais cette technique sans âme, qui enrichit la mémoire des ordinateurs et le portefeuille des labos, ne débouche que sur des connaissances formelles trop souvent sans relations avec les possibilités de traitement.

La formation des médecins est de plus en plus technique, dirigée vers les maladies les plus lourdes, dans une ivresse scientiste qui fait une part minuscule à la relation humaine. Ce qui est simple est indigne de cette science. L'être humain normal, sain mais vulnérable n'intéresse pas l'industrie médicale. Seul le malade est susceptible de générer des revenus.

Il ne faut pas augmenter les cotisations sociales, il faut changer de médecine : la bonne médecine n'est pas plus chère, elle est autre. La médecine sociale étatisée vous fait peur, car on a réussi à vous convaincre qu'il existe un médecin qui va pouvoir tout pour vous. (...) Or la médecine sociale pourrait, grâce à la prévention, vous éviter bien des souffrances.

Le Corbusier disait : les Français sont des gens qui s'obstinent à manger sur une table qui n'est jamais desservie.

La table est encombrée, il est urgent de desservir.

2004