Radio Zinzine 26.05.2007


L’iboga, une plante stupéfiée

 

 

 

 

 


Le 18 juillet 2006 mourrait en Ardèche un père de famille au cours d’un «séminaire » de désintoxication initié par l’association « meyaya » présidée par un ethnologue à la retraite, G.Sestier. Depuis 1995 il organisait de ces séances de cure de désintoxication aux drogues à base d’Iboga, une plante venue de la forêt africaine. Un arbuste dont toutes les parties ont des vertus médicinales, et dont les racines sont dotées d’un pouvoir étonnant à la fois psychothérapeutique, et « antidrogue » intervenant très efficacement au niveau des zones cérébrales liées à la dépendance aux stupéfiants.

Suite à ce décès une enquête était ouverte pour déboucher sur des inculpations pas toutes judicieuses, une détention arbitraire et la classification de cette plante exceptionnelle comme stupéfiant, au rayon des drogues exotiques par arrêté du 12 mars 2007. Arrêté pris sur recommandation de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) qui avait confié l’enquête d’évaluation sur la toxicité et le potentiel d’abus et de dépendance de cette plante au réseau des Centres d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacopée (CEIP).

Subséquemment tout ce beau monde d’experts patentés a pris la décision d’interdiction de cette plante et l’a justifié dans un communiqué de presse le 28 mars, où péremptoire il est affirmé « actuellement aucun intérêt, thérapeutique n’est démontré ni pour l’Iboga, ni pour l’ibogaïne... » Tiens donc ! Doit-on les informer que sur Internet des informations tout à fait vérifiables circulent à propos d’expérimentations scientifiques menées par diverses équipes de chercheurs, dans divers pays établissant tout simplement le contraire absolu ?

L’intérêt thérapeutique est indéniable. Par exemple des rats complètements shootés à l’héroïne et que des prises d’Iboga désintoxiquent sans coup férir. Alors pourquoi donc les responsables de l’Afssaps, des CEIP se conduisent-ils comme des ânes bâtés, faisant semblant aussi d’ignorer que l’ibogaïne est utilisée dans une quarantaine de cliniques à travers le monde, que de grands laboratoires pharmaceutiques font leurs recherches sur cette étrange substance ?
Certains débuts de réponses surgissent quand des informations concordantes font état d’un noyautage très performant dans ces organismes de contrôle censés être indépendants d’honorables correspondants des intérêts des lobbys industriels de la pharmacopée. En effet, les fabricants de Subutex, Méthadone, très coûteux produits de substitution aux drogues, ont-ils intérêt à voir débouler sur ce marché captif et juteux une molécule pas chère, et qui ne se substitue pas à la drogue mais guérie le toxicomane ? Il est probable que non.

L’idéal serait sans doute pour ces intérêts privés, privés de toute considération d’intérêt général, de pouvoir déposer un brevet sur cette molécule et réussir à faire interdire la plante. L’affaire semble en bonne voie.


Une autre profession pourrait ne pas voir d’un très bon œil la démocratisation des pratiques thérapeutiques de cette plante, les « psy » dont les cabinets et canapés risqueraient d’être désertés car une des vertus majeures de l’Iboga réside dans son très grand pouvoir d’introspection généré sur le patient qui l’a ingurgité. Des centaines de témoignages l’attestent, de patients comme de médecins. Sur les dépressifs, entre autres, les résultats sont semble-t-il spectaculaires, ouvrant les portes du subconscient, provoquant une intense réflexion sur soi, une pleine conscience de ses problèmes et de leurs causes, débouchant sur  une confiance personnelle retrouvée et un bien être général.

Les témoignages soulignent également que ces bienfaits sont ressentis des semaines, voir des mois. Et ceci évidemment sans aucun phénomène d’accoutumance. Il y a effectivement là une menace réelle pour tous nos marchands de drogues disponibles sur ordonnances...


Mais pour l’heure tout va bien, la plante est interdite et dénigrée sans que la nouvelle ne fasse du remous. Il faut dire que les petits malins de l’Afssaps et des CEIP se sont déguisés en la circonstance en grands et valeureux croisés de la lutte antisectes. Alors là évidement tout le monde qui se respecte, et aime à l’être, devient prudent, voir un tantinet couard. Tout le contraire en somme du juge d’instruction, Antoine Notart Jacomo, en charge du dossier concernant la mort du jeune en Ardèche, pour qui tout semble indiquer que son instruction doit venir confirmer son évidence ; une ou des sectes mystérieuses et maléfiques sont à la source de l’affaire.

Aussi n’a-t-il pas craint d’embastiller durant quarante jours un jeune Nganga gabonais, Mallendi, pour homicide involontaire, mise en dangers de la vie d’autrui, alors que ce dernier au moment des faits se trouvait au Gabon, et qu’il n’a strictement rien à voir avec l’organisation des séminaires de Meyaya, une association dont il est totalement étranger. Pourquoi un tel dénis de justice ? Car un Nganga c’est le « chaman » des forêts gabonaises et que Mallendi installé en France depuis six ans a créé l’association « Savoirs d’Afrique », et lui aussi, avant qu’elle ne soit interdite, a fait profiter de son savoir et les bienfaits de l’Iboga à de nombreuses personnes, surtout en rapport avec des problèmes psychologiques, ou en quête de recherche spirituelle.

Donc pour Mr Notart Jacomo les faits sont clairs, il s’agit bien d’un apprenti gourou qu’il convient de neutraliser au plus vite. Tous les moyens sont bons alors pour le protecteur de la santé mentale publique qui sommeillait en ce valeureux juge. Mais comprenant l’inanité de son chef d’inculpation d’homicide involontaire, le suspect étant à des milliers de kilomètres du lieu du drame au moment des faits, le très rusé juge obligé de libérer Mallendi, le perfide gourou, l’inculpe alors d’exercice illégal de la médecine et de la pharmacopée, bien que évidement « actuellement aucun intérêt, thérapeutique n’est démontré ni pour l’Iboga ni pour l’ibogaïne... ».

Là encore de fortes compétences, l’association « Psychothérapie Vigilance », « VigiPsy » pour les intimes, n’hésitent pas à soutenir l’insoutenable, et enfermer dans le même sac d’infamie, des pratiques rituelles complexes mêlant spiritualité et organisation sociale de sociétés humaines millénaires, avec les pratiques mercantiles et d’endoctrinements psychologiques de la multitude des sectes religieuses qui pullulent dans nos sociétés modernes en voie de désintégration morale avancée, dont témoignent à contrario la multiplication inflationniste des discours sur les « valeurs morales» et des dérisoires « comités d’éthique ».

Tous ces croisés institutionnels de la lutte antisecte n’en sont pas à leur coup d’essai puisqu’ils sont déjà parvenus à faire interdire le Peyolt, et l’Ayahuasca, deux plantes « sacrées » des peuples amérindiens, sur des argumentations frauduleuses similaires, la première en août 2004 et la seconde en juin 2005. Des croisés qui finissent par ressembler à ceux qu’ils combattent. Rien de nouveau sous le soleil, les monorails obsessionnels nuisent souvent aux facultés normales de discernement, au sens des nuances bref à la lucidité. Mais il est plus triste de constater le silence pesant de scientifiques, de sociologues, d’ethnologues, de médecins qui savent et qui regardent ailleurs.

En attendant des jours meilleurs sûrement. Un pari peut-être risqué si personne ne bouge, n’interpelle ces Autorités Majuscules. Ne serions nous plus en démocratie ? Quand bien même ces Autorités se lèveraient tôt le matin, et ne boiraient que de l’eau après leur footing quotidien, il reste encore permis de se poser des questions, et de les leurs poser directement ! Nous pourrions même pousser l’impertinence à leur signaler que la religion dans nos sociétés n’est plus vraiment « l’opium du peuple », que, par contre les stupéfiants et neuroleptiques en tous genres sont en passe de devenir la nouvelle religion d’un peuple quelque peu désenchanté...Et la crucifixion symbolique des chamans ou Ngangas n’y changera rien.


Ceci dit, que l’usage de ces plantes pose un problème éventuel de santé publique, c’est certain, si elles sont utilisées par des amateurs. Ces plantes ont indéniablement un énorme pouvoir, donc elles peuvent être dangereuses, comme d’ailleurs tous les médicaments puissants si ils sont pris inconsidérément. Il y faudrait probablement élaborer une législation spéciale, avec des commissions de travail réellement indépendantes et pluridisciplinaires le sujet étant assez complexe, multidimensionnel. Ce travail pourrait être une magnifique occasion pour enfin avancer un tant soit peu vers une réflexion publique approfondie par rapport à ces civilisations humaines qualifiées rapidement de primitives. Dénigrement facile justifié idéologiquement par un néo darwinisme de contrebande du XIX siècle, et qu’il ne serait pas inutile d’ailleurs de revisiter en passant, stipulant que ces sociétés sont forcément condamnées par l’Histoire.

L’Histoire qui nous convient, version sélection « naturelle » et évolution quasiment mécanique, dont le dernier « documentaire fiction scientifique » « l’Odyssée de l’espèce » est une remarquable démonstration de caricature simpliste et ethnologiquement infirmée depuis les travaux de Pierre Clastres. Mais ceci est une autre histoire, et une autre Histoire, celle qui ne nous arrange pas forcement. A l’heure où il commence à être scientifiquement démontré que notre civilisation industrielle, la meilleure forcément suivant la théorie de l’évolution qui nous intéresse, est peut-être en passe de courir à son anéantissement, il serait éventuellement judicieux de changer nos logiciels de pensées. Un regard nouveau sur ces sociétés dites primitives ne serait pas inutile. Il nous faudrait retrouver le chemin de la modestie, de l’humilité devant le grand mystère de la vie.

Mais voilà qui n’est pas une attitude de battants, de gagneurs, prônée par tous les malades qui prétendent nous gouverner, et de plus, le mystère fait peur dés qu’il n’est plus cantonné dans des labos suivant des protocoles scientifiquement établis et maîtrisés. A moins qu’il ne soit artificiellement créé par le vainqueur de la sélection darwinienne, tels les OGM, les nanotechnologies, la biologie de synthèse...


Voilà des considérations générales qui nous ont quelque peu éloigné de notre affaire, et de l’Iboga. Cependant il devient urgent de prendre conscience des aspects parfois sectaires et obscurantistes qu’une partie non négligeable du monde scientifique peut parfaitement développer au mépris de ses propres règles. Un des mépris le plus usité consiste à tout simplement ignorer aussi longtemps possible tout ce qui dérange les démonstrations déjà établies, ou ce qui est dans l’état de nos connaissances parfaitement inexplicable. Comment les chamans, les Ngangas ont-ils trouvé leur chemin de connaissance au sujet des plantes et l’art de les utiliser, avec des procédures parfois extrêmement complexes ?

Il suffit de leur demander, ils nous le disent, c’est par des plantes qu’ils rentrent en communication avec ce qu’ils appellent parfois joliment « le monde invisible ». On peut ne pas les croire, mais force est de constater que les transnationales de la pharmacopée envoient des équipes pour piller leur savoir en la matière, que nombre de médicaments utilisés quotidiennement et massivement dans la médecine occidentale viennent de ces savoirs. A ce propos je ne peux que vous recommander une fois de plus le livre passionnant de Jérémy Narby, « le serpent cosmique »(Edts Géorg), publié il y a déjà neuf ou dix ans et à propos duquel « le monde scientifique » a une fois encore globalement observé là d’un Conrart le silence prudent. L’auteur leur parlait pourtant dans un langage scientifique, mais visiblement sa réhabilitation scientifique des savoirs traditionnels des sociétés « primitives » amérindiennes d’Amazonie dérange terriblement, bouscule bien des certitudes...

Mieux vaut donc regarder ailleurs, il se passe tellement de découvertes passionnantes, et peut-être de gloire et de fric à ramasser, il serait presque indécent de ne pas en profiter ? Soyez décomplexés et allègres, devenez actionnaires…


En attendant que ces génies nous mènent au phantasmatique meilleur des mondes techno-scientistes, je vous propose un petit voyage dans la forêt gabonaise à la découverte du Bwiti, tradition spirituelle des pygmées, qui codifie et ritualise l’initiation à l’Iboga, en compagnie de Mallendi, Alain et Hervé de « Savoirs d’Afrique », de Pierre Marti médecin de profession et curieux de nature, et de maître Paul De Pularoque, avocat en charge du dossier judiciaire pour le thérapeute illégal Nganga. Il y est aussi question naturellement de l’Iboga et du dossier judiciaire en cours d’instruction.


Laconique.