INTERVIEW D'ALDOUS HUXLEY SUR LA PSYCHOLOGIE, LES HALLUCINATIONS
Inter actualités de 12H30 - 25/07/1961 - 04min27s

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Claudine CHONEZ, interviewe Aldous HUXLEY à l'occasion de la sortie de son livre "Le retour vers le meilleur des mondes" (en français, au festival de Vaison La Romaine) : Son goût pour la psychologie; La parapsychologie. Ses expériences avec des plantes hallucinatoires.

C’est dans les années cinquante que prend forme la recherche la plus pionnière d’Aldous Huxley, gentleman rationnel qui a déjà si bien perçu les impasses des modèles capitaliste et communiste. En 1953, il fait la connaissance du psychiatre Humphry Osmond, qui lui fait découvrir la mescaline, drogue psychédélique et principe actif du peyotl, ce cactus que certains groupes amérindiens vénèrent comme un dieu et qu’ils placent au coeur de leur pratique religieuse. Déjà, Maurice Merleau-Ponty, en rance, a exploré les implications de ses effets sous l’angle de la philosophie husserlienne, dans Phénoménologie de la perception. Leur contemporain Henri Michaux en produira les fruits poétiques (Misérable Miracle, Connaissance par les gouffres, etc.) au même moment qu’Huxley publie ses célèbres Partes de la perception.

Dans ce court essai, Huxley se livre à une expérience scientifique : s’observer, en bonne compagnie, sous les effets de la mescaline. Ces derniers « sont du genre de ceux auxquels on s’attendrait à la suite de l’administration d’une drogue ayant le pouvoir de diminuer l’efficacité de la valve de réduction cérébrale. Quand le cerveau manque de sucre, le moi sous-alimenté s’affaiblit, ne peut se tracasser pour entreprendre les tâches nécessaires et ennuyeuses, et pour tout intérêt à ces rapports spatiaux et temporels qui sont si importants pour un organisme préoccupé d’améliorer sa situation dans le monde. À mesure que l’Esprit en Général s’égoutte en passant à côté de la valve qui n’est plus hermétique, toutes sortes de choses biologiquement inutiles se mettent à se produire. Dans certains cas il peut y avoir des perceptions extra-sensorielles. D’autres personnes découvrent un monde de beauté visionnaire. A d’autres, encore, est révélée la splendeur, la valeur infinie et la richesse de signification de l’existence nue, de l’événement donné et non conceptualisé. Au stade final de l’absence du moi - et je ne sais si aucun preneur de mescaline y est jamais parvenu - il y a une "connaissance obscure" que Tout est dans tout - que Tout est effectivement chacun. C’est là, me semble-t-il, le point le plus proche où un esprit fini puisse parvenir de l’état où il "perçoit tout ce qui se produit partout dans l’univers". » De là, il passe à l’observation des chefs-d’oeuvre de l’art pictural classique, saisissant intuitivement la fascination pour les drapés profus de l’art occidental. Il saisit également l’importance capitale de la couleur : « Il semblerait que, pour l’Esprit en Général, les prétendus caractères secondaires des choses fussent primaires. Différant en cela de Locke, il sent évidemment que les couleurs sont plus importantes, et méritent plus d’attention, que les masses, les positions et les dimensions. »

Dans Le Ciel et l’Enfer, qui fait suite aux Portes, il postule que cette vision augmentée de la réalité comme composée de pierres précieuses est en fait un aperçu vers une autre réalité, plus réelle que la nôtre, qu’on appelle Paradis - d’où les rivières de joyaux et les arbres à souhaits qui parsèment ces mondes de l’au-delà religieux. On retrouve là les idées clés de La Philosophie éternelle. Les nombreux essais qu’il compose par la suite, et qui revisitent les grandes problématiques philosophiques, artistiques et spirituelles à partir des enseignements des Portes (et que l’édition française de ces dernières inclut), sont d’un grand intérêt. Des distractions, notamment, qui propose des outils pour se débarrasser des errances futiles de l’imagination pendant la prière et la méditation, est un texte fort utile. Son dernier roman, Île, est une profonde méditation sur la libération spiritueIle, l’accomplissement de chacun, et sur les menaces qui pèsent sur notre liberté d’être. Aldous Huxley mourut le 22 novembre 1963, le jour oùJ. F. Kennedy fut assassiné.